Laurence Foschia

Laurence Foschia

dates de séjour

01/09/2009 - 31/07/2010

discipline

Histoire

fonction

Professeur agrégé

organisme

Ministère de l'Éducation nationale

pays d'origine

France

projet de recherche

Les transformations religieuses en Grèce continentale sous l'Empire romain IIIème - VIème siècles

Nos travaux antérieurs ont consisté à donner des dernières manifestations du paganisme — c'est-à-dire de la religion grecque dans l'Antiquité tardive — un tableau d’ensemble, aussi complet que possible. Le choix de la Grèce comme aire d'étude s'explique par l'absence de synthèse existant à ce jour. Il s'explique aussi par la volonté de nuancer l'opinion couramment admise selon laquelle les documents relatifs à cette question seraient rarissimes voire absents de région de l'Empire, alors qu'ils existent bel et bien, disséminés dans les publications. À travers l'étude des données issues des sources épigraphiques, archéologiques, législatives et littéraires, on s'est efforcé de mettre en évidence la longévité de tel culte ou la survivance de tel rituel, de tel sanctuaire. On a également analysé le devenir du mobilier et des structures de culte, en consacrant une large part de notre projet à l'étude de la transformation des temples en églises ou en édifices profanes, à la destruction des autels et aux remplois d'éléments architecturaux païens dans des édifices du culte chrétien (spolia). Il s'agissait pour nous de mener un examen à la fois diachronique et synchronique : on a ainsi dégagé constantes et divergences régionales tout en comparant le polythéisme tardif avec ce que nous connaissons pour les époques antérieures.

 

C'est ce dernier point que nous souhaitons développer cette année : en quoi le paganisme grec tardif diffère-t-il du paganisme classique, hellénistique ou archaïque et en quoi lui ressemble-t-il ?

 

Notre hypothèse de départ est que le paganisme paraît accéder progressivement au rang de religion au cours des IIIe, IVe et Ve siècles. Les cultes grecs traditionnels, auparavant, étaient loin de constituer un système religieux homogène fondé une doctrine ou des écrits. Chaque cité possédait, dans l'antiquité, ses propres cultes, fêtes et cérémonies, son propre calendrier. Et si l'on adorait fréquemment les mêmes divinités dans telle ou telle cité, c'était souvent sous des épiclèses différentes : Apollon est ainsi Patrôos à Athènes, et Lykeios à Argos. Or, on assiste, dès le IIIe siècle, à une modification de la nature du paganisme qui devient de plus en plus cohérent et uni face au christianisme et à la législation impériale qui le menacent. S'élabore progressivement une véritable identité païenne.

 

Pour mettre en évidence cette évolution de la nature du paganisme, on s'appuiera sur la terminologie employée dans l'Antiquité tardive, pour désigner cultes et croyances. La question se pose de manière aiguë au moment où le christianisme devient religion d'État, au IVe siècle. Les cultes traditionnels se trouvent peu à peu confrontés à un monothéisme qui les oblige à se définir eux-mêmes. Les persécutions contre les chrétiens avaient déjà entraîné cette nécessité de se nommer et de s'identifier car il fallait définir les persécutés et pour cela les "persécuteurs" devaient "s'autodésigner". Un chrétien, c'était celui qui refusait de célébrer des sacrifices pour les dieux, de brûler de l'encens devant les images sacrées ou de se prosterner devant elles. À compter du tout début du IVe siècle est publiée une série de lois (Code théodosien, Code justinien) visant à encadrer puis à interdire les pratiques païennes ; les autorités chrétiennes et impériales comme les païens eux-mêmes se trouvent alors confrontés aux lacunes que présente le vocabulaire religieux. Pour les résoudre vont être introduits, aussi bien en latin qu'en grec, des termes comme "païen, idolâtre" ou encore l'expression "la religion des Grecs, la superstition, la secte chrétienne". La mise en place de ce vocabulaire religieux sera évidemment tributaire de l'orientation confessionnelle de celui qui nomme.

 

Le second volet de notre projet de recherche concerne le judaïsme grec tardif. Dans un premier temps, nous dresserons un état des lieux des communautés juives de Grèce et des îles à partir des sources archéologiques et épigraphiques, en en soulignant la pauvreté et la disparité. Puis, nous comptons nous pencher sur le thème des structures du culte juif à l'époque impériale. On étudiera notamment la validité de l'appellation proseuchè pour désigner un certain type d'édifices cultuels ainsi que le devenir des synagogues au Bas-Empire en utilisant la grille de lecture que nous avons établie, dans notre thèse de doctorat, pour les temples païens : il s'agira d'examiner les différents destins de ces synagogues, c'est-à-dire les éventuelles destructions ou restaurations, désaffections ou réutilisations (profanes et sacrées) dont elles font l'objet. On insistera notamment sur le thème de la conversion des synagogues en lieux de culte chrétiens. L'aire géographique que nous privilégions pour ce projet correspond aux provinces d'Achaïe et de Macédoine mais il va de soi que nous multiplierons les parallèles avec la situation de ces mêmes synagogues dans d'autres provinces de l'Empire afin de déterminer similitudes et particularismes régionaux.

 

Ce sont ces questions religieuses et terminologiques qui deviennent cruciales dans l'Antiquité tardive que nous nous proposons d'étudier cette année. Elles participent de la nécessité de s'"identifier", en particulier du point de vue religieux, qui se fait jour au moment de la christianisation de l'Empire romain.

biographie

Ancienne élève de l'E.N.S. Paris et ancienne membre de l'École française d'Athènes, Laurence Foschia est agrégée de lettres classiques. Titulaire d'une thèse d'histoire et épigraphie grecques soutenue à l'Université de Paris IV-Sorbonne, elle travaille sur la religion grecque dans l'Antiquité tardive et l'évolution des structures de culte païennes, chrétiennes et juives.

 

Elle est l’auteur d’une monographie Le polythéisme grec dans l’Antiquité tardive : étude des cultes et sanctuaires de Grèce continentale (fin IIIe-VII siècle) [à paraître chez Brill] et d’un Corpus des inscriptions protobyzantines de Béotie (IVe-VIe siècle) [à paraître dans les collections de l’E.F.A.].

publications

Laurence Foschia, Eleonora Santin
06/01/2010

institut

01/12/2006