Omar Gueye

Omar Gueye

dates de séjour

01/01/2012 - 30/06/2012

discipline

Histoire

fonction

Enseignant-chercheur

organisme

Université Cheikh Anta Diop, Dakar, Sénégal

pays d'origine

Sénégal

projet de recherche

Mai 68 au Sénégal : Senghor face au monde du travail

Le projet de recherche s'intéresse aux rapports entre Léopold Sédar Senghor et le monde du travail. Mon objectif est la rédaction d'un ouvrage qui étudie la place du monde du travail dans la carrière politique de Senghor, depuis son alliance avec les Cheminots en 1948 qui signifiait son entrée en politique, jusqu'à la contestation des enseignants du SUDES en 1980 qui coïncidait à son retrait de la vie politique, et notamment la part de « frisson » du Sénégal dans le mouvement mondial de « Mai 68 ». C'est également un prétexte pour revisiter la connexion du syndicalisme local à la tendance globale, les rapports Métropole-colonies, les problématiques de la post-colonie, et la rencontre de plusieurs générations de travailleurs avec Senghor, considéré comme l'une des personnalités africaines qui ont marqué la pensée et l'histoire du XXème siècle.

 

Dans sa longue carrière politique- de 1945 à 1980- la stratégie de Léopold Sédar Senghor consistait à utiliser de nombreux leviers sociaux pour asseoir sa domination politique : les paysans, le marabout ou « Roi de la brousse », la parenté ethnique, les jeunes cadres, l'église et aussi le monde du travail. Pour quelqu'un qui doit son succès surtout aux paysans, Senghor a réussi d'une part à collaborer avec plusieurs générations de travailleurs, et d'autre part à les combattre par la répression. Donc, autant l'alliance avec le monde du travail fut déterminante pour le Député-Senghor au début de sa carrière politique, autant leurs rapports furent problématiques pendant le régime du Président-Senghor. En effet, le mouvement syndical mena la contestation la plus grave, à travers Mai 68 dans le monde qui n'épargna pas le Sénégal, et installa le pays dans un cycle de «grèves sauvages» dans les années 1960 et 1970.

 

A l'état actuel de la recherche, il n'y a aucun travail spécifique sur le sujet. Les nombreuses publications sur Senghor faites par lui-même ou par de nombreux auteurs portent essentiellement sur sa biographie, sa vie littéraire et politique. D'autre part, beaucoup de travaux variés sur l'Histoire syndicale et politique parlent très largement de Senghor et de sa carrière politique, ainsi évoquent-ils également ses liens avec les travailleurs et les différentes péripéties de son compagnonnage avec le mouvement syndical. Mais jamais une étude systématique n'a été consacrée à la question. Le seul ouvrage consacré à Mai 68 à Dakar par un de ses opposants politiques (Bathily, 1992) a un caractère pamphlétaire, donc partisan des positions anti-Senghor les plus extrêmes. Aussi, la plupart des écrits sur les rapports de Senghor avec le mouvement syndical restent largement tronqués, parce que les Archives n'étaient pas ouvertes au moment de leur parution. D'où l'intérêt et la pertinence de la présente approche. Pour moi, on avait étudié son apport à l'universel dans presque tous les domaines, philosophiques, littéraires, artistiques, politiques : il fallait à présent étudier sa relation avec le monde du travail qui n'est surtout connue qu'à travers Mai 68 et les révoltes syndicales qui ont marqué la fin de sa carrière politique.
Ce travail s'appuiera sur les hypothèses suivantes : (1) le monde du travail à la fois base sociologique et fossoyeur du pouvoir de Senghor, (2) le rapport de Senghor au monde du travail dans la tendance globale du combat des peuples pour les libertés démocratiques, (3) Mai 68 la plus grande crise politique au Sénégal.
 

 

Cette résidence a bénéficié d'une aide de l'État gérée par l'Agence nationale de la recherche dans le cadre des programmes d'Investissements d'avenir au titre du Laboratoire d'excellence RFIEA+.

institut

01/02/2011