La péninsule Arabique est géographiquement au cœur de la famille de langues appelée « sémitique ». Les premières attestations de cette dernière remontent à l’apparition de l’écriture et, au cours des cinq derniers millénaires, c’est dans des langues sémitiques qu’ont été exprimées des expériences spirituelles, scientifiques et littéraires qui ont connu une importance mondiale. Malgré cette profondeur chronologique inégalée dans la documentation, l’histoire des langues sémitiques et, partant, l’histoire linguistique du Moyen- Orient, reste encore parsemée de points d’interrogation. Un domaine cependant s’avère particulièrement prometteur. Il s’agit des langues baptisées « sudarabiques modernes ». Sans tradition écrite, ces langues ne sont parlées que par quelques centaines de milliers de personnes au Yémen et en Oman, et menacées de disparition. Seules survivantes de la diversité linguistique de la Péninsule avant l’expansion de l’arabe, il s’avère que leur poids dans une étude comparatiste du sémitique en diachronie est énorme. Malgré d’importants progrès au cours des dix dernières années, leur description est encore incomplète, et leur insertion dans les études sémitiques tout à fait embryonnaire. Qu’ont-elles à nous dire de l’histoire linguistique de la région ? C’est ce que le projet de recherche de Julien Dufour veut éclairer.