La linguistique a fait des progrès remarquables dans la compréhension de la distribution des sons à travers les langages humains. Cependant, il reste encore à explorer systématiquement les effets des événements historiques contingents de l’histoire humaine sur les distributions translinguistiques des sons. Par exemple, l’hébreu moderne a acquis le son /w/ par emprunt à l’arabe et à d’autres langues.
Ce projet cherche à combler cette lacune avec SEGBO, une base de données de sons linguistiques empruntés disposant d’un grand échantillon généalogiquement et localement dense. L’objectif est de révéler les dynamiques d’emprunt des sons linguistiques et leur impact sur la distribution des sons linguistiques dans les langues contemporaines. L’hypothèse principale à explorer dans ce projet est que la distribution actuelle des modèles sonores diffère de la distribution des modèles sonores dans les langages mondiaux d’il y a 500 à 1000 ans. En d’autres termes, la différence entre les systèmes sonores contemporains et ceux d’un passé récent peut être attribuée aux contingences de l’histoire humaine qui ont mis les langues en contact. On peut aussi présumer que l’hypothèse uniformitariste – l’indépendance temporelle des propriétés linguistiques – ne tient pas dans le cas des sons du langage. Ainsi, il se pourrait que l’inventaire des sons pré-contact des langages mondiaux montre une plus large spécificité géographique, tant au niveau macro qu’au niveau micro.
On trouve parmi les sujets à étudier : (i) la compréhension de la notion de son « empruntable » ; (ii) l’étendue par laquelle les systèmes de propriété linguistique facilitent ou freinent l’emprunt de nouveaux sons ; (iii) le rôle colonisateur et diffuseur de certaines langues majeures dans le façonnage de la distribution actuelle des sons linguistiques.
Finalement, ce projet unit les efforts de nombreux chercheurs de l’Université de Lyon qui explorent la diversité translinguistique et la manière dont elle est façonnée par des facteurs historiques.