Emmanuelle Danblon

Emmanuelle Danblon

dates de séjour

05/10/2015 - 27/11/2015

discipline

Linguistique

fonction

Professeur

organisme

Université libre de Bruxelles

pays d'origine

Belgique

projet de recherche

La fonction prophétique

Ce projet entend répondre à la question : existe-t-il une fonction prophétique ? Quelles en sont les caractéristiques linguistiques, psychologiques et anthropologiques ? Peut-on lui reconnaître un statut institutionnel comme c’était le cas dans l’Antiquité ? Que recouvrirait-elle aujourd’hui ? La possibilité de croiser les développements actuels en neuroscience et l’approche rhétorique et anthropologique développée par l’Ecole de Bruxelles (gral.ulb.ac.be) servirait de guide à ce projet. L’intention est de poser un regard naturaliste sur cette fonction du langage.
Reconnue de première importance dans l’histoire de l’humanité, elle n’est plus aujourd’hui considérée comme rationnelle alors même qu’elle constitue un phénomène très actuel pourtant totalement absent des institutions officielles mais présent en marge de celles-ci (tarologie, théories du complot sur Internet, la fonction prophétique investit des lieux cachés, occultes ou anonymes mais très prisés par les citoyens). Enfin, il semble qu’on retrouve l’ensemble des traits de cette fonction prophétique dans le genre testimonial (cf. Dulong) qui pose une question urgente à notre société : comment mettre en récit la parole des témoins qui vont disparaître et quel statut donner à ces récits dans la construction de la mémoire et de l’histoire ?

biographie

Emmanuelle Danblon est linguiste, Chercheur Qualifié au FNRS, Maître de Conférence à l’ULB où elle enseigne la rhétorique des démocraties européennes et les théories de l’argumentation.

Ses domaines de recherche sont la rhétorique, l’argumentation, les discours et leurs liens avec les institutions, la nature des raisonnements, l’épistémologie et la rationalité. Ses travaux cherchent à concilier la tradition rhétorique avec les acquis contemporains de la linguistique.

Après avoir fait des études de Lettres, elle s'est spécialisée dans l'étude de l'argumentation, au cours de deux ans de spécialisation à Nice. Elle y découvre l'occasion et la possibilité de penser d'une façon rationnelle et scientifique les phénomènes qui sont parmi les plus complexes de l'intelligence humaine: la rhétorique

 

Parcours

La première question qui m'a servi d'initiation au monde de l'argumentation a été celle de la "justification". Qu'est-ce qu'une justification? Quel est le lien entre la validité et la persuasion? Le sentiment d'évidence est-il rationnel ou irrationnel?
J'ai depuis toujours intéressée par la question du "sens", et très tôt, j'ai pensé que le mystère intimement lié à la quetion du sens n'attendait pas pour autant de réponses irrationnelles. La linguistique moderne est le lieu par excellence où l'on peut traiter en profondeur de questions qui jusque là relevaient de la métaphysique. C'est ce que je juge particulièrement attirnt dans cette discipline: elle traite du merveilleux et du mystère, avec des moyens scientifiques.
L'interprétation du sens peut donner lieu à des analyses de détails sur l'agencement d'un discours politique ou judicaire mais elle peut aussi prendre un tour plus profond, qui confine aux limites de la rationalité, là où l'homme est capable, par la rhétorique de construire un monde par le discours, dans lequel on fait "comme si" les choses avaient du sens. C'est dans la découverte que caractère éminemment rationnel de ce "comme si" que m'a conduite ma thèse de doctorat, soutenue en 2001. J'ai depuis poursuivi ces réflexions qui me conduisent aujourd'hui à émettre l'hypothèse que le cadre rhétorique et ses fonctionnalités traditionnelles —la critique et la persuasion— sont en train de se transformer, témoignant par là d'un changement de paradigme, tel que les sociétés peuvent en connaître. L'observation minutieuse de ces phénomènes me paraît important. Par ailleurs, je peux avoir un accès empirique à ce questionnement, grâce aux formations à l'argumentation, que je donne depuis quelques années maintenant. Celles-ci me permettent de confirmer mais aussi d'affiner mes hypothèses sur l'évolution de la fonction rhétorique. Peut-être sommes nous de plus en plus rétifs à faire "comme si" le monde avait du sens. Mais alors?

institut

01/02/2011