Marta Madero

Marta Madero

dates de séjour

15/11/2011 - 15/08/2012

discipline

Histoire

fonction

Professeur

organisme

Université nationale de General Sarmiento, Argentine

pays d'origine

Argentine

projet de recherche

Le ius in corpus marital de Gratian à Thomas Sanchez. Potentia, droit réels et servitudes.

Dans l´historiographie ancienne et récente la question du ius in corpus a en général été posée à partir de la problématique du péché. Théologiens et canonistes ont réfléchi sur la nature peccamineuse de l’acte de chair en fonction des moments et des circonstances, des gestes et des intentions, et ces questions ont convoqué également les historiens qui, dans une perspective d´histoire des mentalités et d´anthropologie historique, se sont interrogés sur les systèmes de valeurs, la morale sexuelle ou les rapports entre les sexes. Mais les constructions casuistiques qui ont pour objet l´union sexuelle pensée en termes de droit ont rarement été objet de l´analyse, alors que c´est dans ces constructions que s´élabore une technique qui formule, avec la « condescendance divine » (Jean Chrysostome), les règles de la copulation licite permettant de préserver l´humanité du péché, en échange, néanmoins, de la transformation du corps en pur objet de droit. Le droit canonique pense le mariage comme l’aliénation du propre corps, une aliénation construite dans ses plus infimes détails à l´intérieur d´une série de questions: naissance du ius in corpus, moyens légitimes de jouissance de ce droit, règles de prescriptions, tutelle aux fins de préservation, sélection des corps idoines –exclusion des impuissants- selon les stricts critères de la définition juridique du rapport sexuel suffisant. L’essentiel de cette réflexion s’élabore pendant la période classique du droit canonique (XIIe-XIVe siècles) et dans la seconde moitié du XVIe siècle, dans l’oeuvre monumentale de Thomas Sánchez. Mon projet est de mettre en évidence les configurations concrètes de la juridisation des rapports corporels, les analogies et, plus encore, les réemplois qui construisent le droit au corps du conjoint à partir des droits sur les choses, corporelles ou incorporelles, et des obligations. Ces constructions qui ne sont pas seulement à l´origine du mariage canonique mais également du mariage civil.

 

Cette résidence a bénéficié d'une aide de l'État gérée par l'Agence nationale de la recherche dans le cadre des programmes d'Investissements d'avenir au titre du Laboratoire d'excellence RFIEA+.

biographie

Née en Argentine, et résidente en France à partir de 1976, j’ai pu soutenir mon doctorat à l’Université Paris VII en février 1990 sur le thème de l’injure et l’honneur en Castille et Léon entre le XIIe et le XIVe siècle grâce à une bourse de la Direction Générale de la Recherche Scientifique et Technique (1984-1987). Écrit dans une perspective d’anthropologie historique, le travail proposait trois axes d’interrogation (les logiques de l’injure, ses formes et les réponses à celle-ci) et il fut publié en 1992 en version espagnole.

 

En 1992 je suis retournée en Argentina et j’ai travaillé dans diverses institutions: l’Université Nationale de Córdoba, l’Université de Buenos Aires, l’Université Torcuato Di Tella et finalement à l’Université Nationale General Sarmiento, dans laquelle je suis actuellement professeur en histoire médiévale à l’Institut des Sciences.

 

Depuis mon retour en Argentine j’ai pu bénéficier de séjours réguliers en France. Une Bourse Thalmann de l’Universidad de Buenos Aires m’a permis de travailler six mois en 1997 avec l’équipe de médiévistes de l’Université Paris I-Sorbonne. J’ai été invitée par Georges Martin dans le cadre des postes PAST pendant trois ans (1998-2000, pour des périodes de quatre mois par an) comme professeur au Département d’Espagnol de l’Université Paris XIII où j’ai donné des cours de civilisation médiévale hispanique. J’ai été également invitée par l’École des Hautes Études en Sciences Sociales en 1996, 2001, 2002 et 2003, ainsi que par la Maison de Sciences de l’Homme en 1997 et 2000. Une bourse de l’École Française de Rome m’a permis d’y travailler en décembre 2002. J’ai été invitée par la Robbins Collection (University of Berkeley, School of Law) en tant que Senior Fellow en février et novembre 2008 ainsi que par Carlos Heusch à l’École Normale Supérieure de Lyon en 2009.

 

À partir de 1996 mon travail de recherche – en dehors de la codirection de la Historia de la vida privada en la Argentina (Taurus, 3 vols. 1999) avec Fernando Devoto - s’est orienté vers l’histoire du droit médiéval, hispanique d’abord, romano-canonique ensuite. Dans ce domaine s’inscrivent, dans un premier temps, des recherches sur le procès judiciaire et la preuve en Castille au XIIIe siècle, qui coïncident avec une interrogation qui, à partir des années 80 surtout, traversent plusieurs disciplines classiques : quelles sont les techniques et les procédures qui permettent à une communauté de donner pour « vrais » les énoncés qu’elle produit. Une série d’articles en français furent ensuite repris dans un livre publié en espagnol par l’Université de Salamanque en 2004.

 

Parallèlement à cette recherche sur le procès et la preuve, j’ai développé un deuxième thème, celui du régime juridique des objets peints et écrits dans le droit des XIIe au XVe siècles. Le droit romain pose une quaestio qui sera connue comme celle de la tabula picta: à qui une table peinte appartientelle, à celui qui l’a peinte ou à celui qui est le propriétaire de la planche de bois qui en constitue le support ? À qui appartient un objet écrit, au propriétaire du parchemin ou à celui qui a écrit dessus ? Cette recherche s’est inscrite dans une double perspective : une histoire de la propriété sur les oeuvres, une histoire de la pensée sur les choses, car la question de la tabula picta montre que peinture et écriture sont pensées dans le contexte de la réflexion sur les plantes et les arbres, les constructions faites sur le sol d’un autre, l’union des métaux, des pierres précieuses avec leurs supports, la croissance des fruits, la pourpre qui teint la laine ou les perles entretissées dans la toile. Elle offre donc une généalogie inattendue des notions de copyright et de propriété intellectuelle. Le thème que je propose au Collegium – l’analyse du ius in corpus matrimonial dans le droit canonique entre XIIe et XVIe siècles- m’occupe depuis quelques années et a comme point de départ une interrogation liée à la question de la preuve, puisque ce fut sur la preuve de l’impuissance sexuelle masculine et féminine que ma recherche s’est ouverte. Cette interrogation sur le corps m’a d’ailleurs conduite depuis peu à d’autres questions, celles de la « dignité » et des seuils corporels d’humanité dans le droit romain du Moyen Âge, que je traite parallèlement à celle de la juridisation du corps que la canonistique produit dans le cadre de la matière matrimoniale.

institut

01/12/2006