Shigehisa Kuriyama

Shigehisa Kuriyama

dates de séjour

01/04/2011 - 30/06/2011

discipline

Histoire

fonction

Professeur

organisme

Université Harvard, États-Unis

pays d'origine

Japon

projet de recherche

Intégrité et identité du corps humain. Vers une histoire de présence

Pourquoi y-a-t’il une histoire de la médecine ? Il est généralement admis que la biologie qui régissait le corps dans le cinquième siècle avant notre ère en Grèce, par exemple, ou dans le deuxième siècle de notre ère en Chine, régit toujours notre propre corps ici et maintenant. Mais alors, qu’est-ce qui explique les distinctions entre la médecine grecque et la médecine chinoise, la médecine traditionnelle et la médecine moderne ? Comment pouvons-nous comprendre les différences frappantes dans les croyances et les pratiques des diverses traditions et périodes de médecine quand nous estimons que le corps est essentiellement un et un seul ? C’est l’énigme la plus fondamentale de l’histoire de la médecine.

 

Mon projet explore cette énigme, en particulier en ce qui concerne l’histoire de la médecine et le corps en Asie et en Europe. Mon postulat de base est que la diversité de l’histoire médicale n’est pas simplement une question d’idées différentes sur le corps - même si elles sont importantes, bien sûr - mais aussi des différentes expériences du corps ; c’est-à-dire que la médecine en Asie de l’Est et en Europe implique non simplement différentes manières de penser, mais différentes manières de percevoir et d’être. Je suis avant tout intéressé à sonder ces différences de perception et les contextes qui les ont façonnés.

 

J’ai d’abord essayé d’éclairer l’énigme fondamentale de l’histoire médicale dans L’expressivité du corps et les divergences entre la médecine grecque et chinoise (ZONE Books, 1999). Depuis la publication de ce travail, cependant, ma compréhension du sujet a évolué de nombreuses façons. En plus d’une compréhension plus profonde (je crois) des fondements métaphysiques des divergences qui se sont formées dans l’antiquité classique, j’ai maintenant quelques hypothèses sur la façon dont ces divergences ont joué un rôle plus tard dans l’histoire. J’ai étudié en particulier deux questions.

 

La première est la relation entre l’histoire médicale et économique. Bien qu’il y ait eu auparavant d’importants liens entre l’or et l’imagination de la vie (on pense, par exemple, à l’alchimie), la connexion entre l’argent et le corps prend une résonance bien plus grande avec le développement du capitalisme moderne. Pour comprendre pleinement l’histoire comparée du corps, je crois maintenant, que nous avons besoin de réfléchir à l’histoire comparée de l’imagination de l’argent.

 

Les deux questions sont liées : la convergence des intuitions sur le corps est entrelacée de façon complexe avec l’empire du capital. C’est surtout au sujet cette imbrication complexe que je souhaite poursuivre la discussion avec des collègues et visiteurs à l’IEA.

La deuxième question est la curieuse convergence entre les intuitions du corps occidental moderne et celles traditionnelles de l’Est asiatique. Cette convergence est généralement passée inaperçue. En effet, la médecine chinoise est le plus souvent montrée comme le paradigme de « l’altérité », l’exemple parfait de ce que la médecine occidentale n’est pas. Si l’existence de différences frappantes est indéniable, ma thèse est, que dans certains domaines clés, la médecine occidentale en devenant plus moderne est devenue paradoxalement plus Chinoise.

biographie

Né à Marugame au Japon, le Professeur Kuriyama a étudié 2 ans à la Philips Exeter Academy et 2 ans en France avant d’être reçu à l’Université de Harvard. Après avoir obtenu son A.B., il pratiqua l’acupuncture pendant 3 ans à Tokyo, et retourna à Harvard où il obtint son doctorat en histoire des sciences en 1986. Son parcours professionnel (Humanities Program at the University of New Hampshire; Graduate Institute of Liberal Arts à l’Université d’Emory; International Research Center for Japanese Studies) avant de rejoindre le corps professoral de Harvard en 2005 est remarquable par l’importance explicite donnée à la recherche interdisciplinaire. Ses publications, quant à elles, sont marquées par un effort constant d’éprouver les larges questions philosophiques à travers le prisme de l’histoire comparée des cultures. Son ouvrage "The Expressiveness of the Body and the Divergence of Greek and Chinese Medecine" (1999) a reçu la médaille William H. Welch de l’American Association pour l’Histoire de la Médecine, et a été traduit en grec, chinois et espagnol.

 

Les recherches menées par le Professeur Kuriyama explorent de vastes questions philosophiques (être et temps, curiosité et désir) par le biais de deux projets. L’un est l’histoire de la notion et de l’expérience de la tension, qui, longtemps considérée comme une vertu (preuve de vitalité et de présence au monde) est devenue une pathologie moderne, une marque d’anxiété, et la racine de toute sorte de maladies. Le second projet met en lumière les relations entre l’argent et le corps, et étudie comment les transformations des relations sociales provoquées par l’avènement de l’économie de marché dans la période Edo a affecté non seulement la théorie et la pratique médicales, mais aussi l’expérience intime de la douleur et de la maladie. En 2005-2006, le Professeur Kuriyama a donné de nombreuses conférences sur ces sujets aussi bien aux Etats-Unis qu’en Chine, en Turquie, et en Israël.

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