Efren Sandoval Hernandez

Efren Sandoval Hernandez

dates de séjour

12/09/2016 - 14/07/2017

discipline

Anthropologie

fonction

Chercheur

organisme

Centro de Investigaciones y Estudios Superiores en Antropología Social, Mexico

pays d'origine

Mexique

projet de recherche

Circulations globales et commercialisation locale de fripes. Une comparaison entre la frontière mexico-étasunienne et la région méditerranéenne

Le projet «Le commerce de fripes dans la région méditerranéenne» porte sur la «mondialisation populaire» et sur la reproduction des inégalités globales et locales dans la mondialisation. Le projet s’intéresse à l’organisation du commerce à longue distance et à la participation des consommateurs à l’heure de la mondialisation. La base théorique du projet s’appuie sur la proposition de Friedman (2006) selon laquelle la reproduction des structures locales est une question «supra locale», de telle sorte que pour comprendre les cycles de production-consommation et de consommation-production liés à l’ordre global, il faut prendre en compte les conditions de reproduction de la vie et le fonctionnement des mondes sociaux au niveau local. C’est dans ce cadre d’analyse que ce projet s’occupe d’une activité commerciale qui permet d’analyser la profondeur des liens entre localité et globalité, et de mettre en relation les processus internationaux (marché mondial, évolution néolibérale capitaliste) avec la vie des personnes au niveau local (carrière commerciale, itinéraires, réseaux, consommation).

 

Le commerce de fripes fait partie de ce que certains auteurs appellent «la mondialisation par le bas» (Portes et.al, 2003) ou «la mondialisation populaire» (Ribeiro, 2008), c’est-à-dire une économie non hégémonique organisée globalement et constituée par des flux de marchandises nouvelles, usagées, de contrefaçon et/ou de contrebande. Ces flux sont internationaux, légaux et illégaux, et ces marchandises sont commercialisées dans des marchés populaires de l’économie informelle du monde entier (marchés aux puces, tianguis, street markets, vente à la sauvette, feira dos importados). L’économie de vêtements usagés est une économie liée à la production globale de marchandises. Les fripes sont des marchandises excédantes et jetées, elles constituent et font partie des déchets du marché global. Elles sont comme les excédents transférés du centre vers la périphérie, signalés par André Gunder Frank (Wolf, 1997). Toutefois, la façon d’organiser cette économie est fondée sur la base d’aspects locaux, notamment liés aux conditions économiques (inégalité, pauvreté, informalité), politiques (commerce organisé par des partis politiques ou des mafias liées aux agents du gouvernement, comme au Mexique) et socioculturelles (le commerce à la valise, par exemple, est une façon de développer une carrière commerciale, d'accéder à la mobilité sociale ou, simplement, de survivre (Peraldi, 2001 ; Kokoreff et.al, 2007).

 

Dans la «mondialisation non hégémonique» (Ribeiro, 2008) le commerce à longue distance continue à être un dispositif très important, comme il l’était à l’époque de la formation des grands empires précapitalistes (Wolf, 1997). Dans la «mondialisation par le bas» les marchandises proviennent de très loin (d’Asie, d’Amérique, d’Europe), ce sont souvent des imitations de marchandises de luxe, ou bien elles sont usagées (d’occasion). Bien que la «mondialisation populaire» facilite aux pauvres l’accès au marché (Peraldi, 2001), il est vrai aussi qu’elle est un moyen d’accéder aux symboles de richesse et de privilège des classes supérieures et des pays riches. C’est ainsi que dans la «mondialisation populaire» la consommation constitue une objectivation des réseaux entre le nord et le sud, entre les riches et les pauvres, mais aussi des croyances relatives à cet ordre social (Miller, 1999). S’habiller avec un vêtement usagé et/ou contrefait, est aussi une manière de traverser les frontières des classes sociales, grâce à la possibilité de porter un jean ou une chemise d’une marque très populaire dans le monde mais interdite aux pauvres ou aux marginaux des villes. Il s’agit de la «démocratisation du marché capitaliste» (Miller, 1999) malgré les interdictions juridiques et bureaucratiques. Grâce au pouvoir de classification des frontières (Kearney, 2006), les marchandises qui les traversent illégalement sont classifiées comme des marchandises de contrebande, de contrefaçon, usagées (d’occasion) et informelles. C’est ainsi que l’État, et l’ordre qu’il représente, impose une sujétion (Misse, 2010) sur le commerce populaire, informel, et illégal. C’est le prix à payer pour contrevenir aux lois, aux frontières, au droit des acteurs, et, en général, aux normes de la société bureaucratisée ainsi qu'à l’ordre établit par les inégalités géographiques, économiques, sociales, politiques et globales.

biographie

Efrén Sandoval Hernández est professeur et chercheur au CIESAS (Centre de Recherches et d’Etudes Supérieures en Anthropologie Sociale). Il est docteur en Anthropologie Sociale (CIESAS, 2006). Ses champs de recherche sont les dynamiques transfrontalières et les migrations internationales au nord-est de Mexique. Il est l’auteur du livre Infraestructuras transfronterizas. Etnografía de itinerarios en el espacio social Monterrey – San Antonio (CIESAS – EL COLEF, 2012), de quatorze chapitres dans des ouvrages collectifs et d’onze articles scientifiques. Actuellement, il écrit un livre sur le commerce transfrontalier et les marchandises de contrebande au nord-est du Mexique et au sud du Texas, et coordonne le projet collectif de recherche « Migration, violence et insécurité dans le nord-est du Mexique et le sud du Texas » (financement CONACYT 2010) auquel participent des chercheurs mexicains et américains.

institut

01/05/2007