Dominique Brancher

Dominique Brancher

dates de séjour

01/09/2017 - 30/06/2018

discipline

Littérature

fonction

Professeur

organisme

Université de Bâle

pays d'origine

Suisse

projet de recherche

Montaigne chez Esculape : écriture sceptique et modèle médical à la Renaissance

Outre le droit et la philosophie, la médecine est une discipline maîtresse parmi les savoirs renaissants or son rôle au sein des Essais et du Journal de voyage de Montaigne n’a guère été ausculté. Sous la forme d’un livre, ce projet entend développer une lecture remédicalisée de ces célèbres textes. Tout en s’intéressant aux interprétations des praticiens jalonnant l’histoire littéraire, on examinera dans quelle mesure leur auteur, grand malade s’il en est, s’imprègne du savoir même qu’il conteste en participant du vaste courant renaissant anti-médical. On envisagera la manière dont son œuvre dialogue avec la médecine, en interrogeant les déplacements, gauchissements et subversions qu’elle fait subir à ses éléments doctrinaux – mais aussi formels – tout en se constituant à travers eux par le biais d’une écriture du doute. Au-delà de la rencontre avec un genre médical (le recueil de cas) et une pratique culturelle (les cabinets de curiosité), on montrera l’importance, jamais signalée, que revêt l’anthropologie médicale dans la conception mobiliste du sujet proposée par les Essais. En prétendant « representer le progrez de [s]es humeurs », Montaigne pose enfin la question des rapports entre le tempérament et le style. Au carrefour entre poétique, épistémologie et anthropologie, l’enquête relève d’une archéologie du récit de malade, où l’écriture de l’auto-observation participe d’une tradition ancienne de la conscience corporelle de soi, connue, depuis la fin du XVIIIe siècle, sous le nom de « cénesthésie ». Ce faisant, l’étude rejoint les courants récents qui se sont intéressés au point de vue du patient, acteur longtemps négligé dans l’histoire de la médecine. Mais il s’agit aussi, avec les historiens de la littérature, de souligner la façon dont la maladie, vecteur de subjectivisation, contribue à façonner une version nouvelle de l’identité littéraire. Ce projet ne concerne pas seulement la littérature ancienne : il touche à des questions d’actualité, comme la place de l’individu dans le cadre d’une médecine hypernormée. L’étude contribue ainsi à reconstituer dans une longue durée la complexité des échanges entre la compréhension que le sujet a de lui-même et les modèles offerts par la médecine et à mettre au jour la porosité discursive entre connaissance littéraire et savoir « scientifique ».

biographie

Née d’une mère berlinoise à Genève, je dois à mon grand-père paternel italien mon nom électrique. Après des études secondaires en section classique (grec et latin), j’ai fait le choix d’études en lettres, tant les empoignades avec la langue, avec ce qu’on essaie de lui faire dire et qu’elle peut trahir, ont fait partie des investissements de mon adolescence. L’étude de la culture antique m’a donné le goût de l’époque appelée « Renaissance » qui se la réapproprie, tandis que la découverte de l’autoportrait de Montaigne, qui n’y va « que d’une fesse », a très tôt attiré mon attention sur les limites du dicible et du montrable. Des décentrements géographiques successifs (Oxford, Baltimore, Paris, Berne, finalement Bâle) ont ensuite accompagné la plongée dans ce passé entaché d’ombres, que j’ai essayé de mettre en lumière dans ma recherche tout en examinant ses traces, en recherchant ses échos, avec mes étudiants, doctorants et collègues. A Bâle, ville frontière et berceau humaniste, j’ai trouvé le lieu idéal pour dialoguer avec d’autres cultures disciplinaires tout en consolidant les liens tissés avec des chercheurs internationaux et en m’investissant à plein dans le développement et le rayonnement du séminaire d’études françaises. La pratique intense de l’interdisciplinarité me permet de renouer avec la porosité des savoirs à la Renaissance où un médecin ou juriste devait passer par la Faculté des Arts. En somme, les textes anciens nous permettent aussi de penser notre rapport actuel au monde.

institut

01/12/2006