Anne Deneys-Tunney

Anne Deneys-Tunney

dates de séjour

16/05/2011 - 15/07/2011

discipline

Littérature

fonction

Professeur

organisme

Université de New York, États-Unis

pays d'origine

France

email

projet de recherche

Mésaventures de l'universel dans le roman à l'âge des Lumières

Lorsque Kant répond à la question Qu’est-ce-que Les Lumières ? dans son court article publié dans le Berlinische Monatsschrift (1784), il fixe pour une postérité dont nous sommes tous à des degrés divers les héritiers, que nous le voulions ou pas, une certaine définition ou « idée » des Lumières. Celle-ci peut se résumer très brièvement, si l'on se limite à cet article qui est loin de représenter l'ensemble des vues de Kant sur les Lumières – en une confiance positive, presque illimitée dans les pouvoirs de l'entendement humain.
 
Cette définition des Lumières - à la limite de la problématique « critique » et de la réflexion sur l'histoire – est en réalité plus complexe sur le plan philosophique et historique qu'on aurait tendance à le penser. Elle s'appuie en particulier sur la Critique de la raison pure (1781) – véritable « déconstruction » des concepts de la raison métaphysique – dans laquelle Kant a démontré la limitation des pouvoirs de la connaissance. Mais dans son texte sur les Lumières, Kant proclame une confiance immodérée dans la Raison, dans les pouvoirs de l’entendement humain, qui serait devenu selon sa formule saisissante enfin « majeur ». « Sapere aude ! Aie le courage de te servir de ton propre entendement : telle est donc la devise des Lumières » (p.73). Ainsi l'entendement humain serait devenu assez mûr et armé pour accéder par ses propres moyens à l'autonomie dans l’ensemble de ses productions dans les domaines de la philosophie, de la morale et de la politique et peut-être même, ce qui est loin d'être évident, dans celui de la religion où il est surtout exigé de croire et d'obéir. Dans une société et une morale où partout, à l'armée, en religion, devant l'impôt etc, il est ordonné d'obéir, le mot d'ordre de la libération par le savoir et la vertu résonne de manière subversive et ne peut - double malentendu - qu'enthousiasmer les dominés et qu'inquiéter les Pouvoirs établis.

institut

01/02/2011