Le projet de recherche d’Anyssa Kapelusz à l’Iméra, Institut d’études avancées d’Aix-Marseille Université, s’intéresse aux phénomènes d’émergence dans les arts de la scène actuels. Au cours de sa résidence à l’Iméra, la chercheuse réalisera une enquête consacrées aux processus de création, afin de mettre en perspective la notion « projet » artistique et ses potentialités, et de réfléchir aux tensions prospectives sous-tendues et orientées vers un futur – souhaitons-le – désirable.
Explorer le « projet » artistique comme champ de potentialités
Dans le domaine des arts de la scène, le terme « projet » semble être devenu synonyme de « création », voire le supplante. Si étymologiquement le mot « projet » renvoie au fait de « jeter quelque chose vers l’avant », son usage dans les discours des artistes, programmateurs ou institutionnels se décline tout au long du processus de création : comme si quelque chose résistait à sa réalisation et à son identification concrète – en tant que « spectacle », par exemple ; comme si la création persistait longtemps à l’état d’hypothèse ou en quête d’une légitimation espérée. Le projet n’est certes pas encore la création – encore moins « l’œuvre » –, mais il est constitué de ses potentialités (intuitions, désirs, tensions, intentions, visées, visions peut-être). C’est un processus en cours contenant la dynamique de son propre développement, la trace de son ouverture, de son à-venir. Il s’agit alors de questionner la virtualité intrinsèque du projet artistique et la façon dont, justement, il porte en lui la fabrique de possibles. Cette « temporalité flottante » de l’émergence artistique, les virtualités et les latences qui la structurent, constituent le cœur de ma recherche.
Perspectives critiques et visée micropolitique
Par une enquête de terrain consacrées à des processus de création en arts de la scène et arts en espace public, je souhaite mettre en lumière certaines tensions prospectives orientées vers un futur désirable, à l’heure où l’avenir semble résolument s’obscurcir : dérèglement climatique, crises économiques, conflits géopolitiques, montée des populismes et des courants réactionnaires, pandémies, etc. En dépit de son inscription dans le programme consacré aux « utopies nécessaires », ce projet n’est pas entièrement spéculatif. Il s’ancre dans l’étude concrète des pratiques artistiques et y articule des perspectives critiques – notamment une critique des institutions ; le « projet » restant un des mots-clés de l’idéologie néo-libérale. Dans le champ de la production artistique, l’usage inflationniste de « projets » va de pair avec une stratégie largement documentée de refondation des politiques culturelles et des soutiens institutionnels à la création artistique.
Il s’agira donc de penser le processus de création artistique comme un espace-temps lié à des conditions de production et de réalisation, à des contraintes ; et d’y repérer les traces d’une intelligence collective qui proteste, s’affirme et invente des « modes de subjectivation singuliers » Dans cette perspective réside la visée micropolitique de notre proposition.