Danouta Liberski-Bagnoud

Danouta Liberski-Bagnoud

dates de séjour

01/01/2009 - 30/06/2009
01/10/2014 - 31/03/2015

discipline

Ethnologie

fonction

Chargée de recherche au CNRS

organisme

Centre d’études des mondes africains Cémaf-Ivry, CNRS, France

pays d'origine

France

projet de recherche

La souveraineté de la terre

Projet de recherche 2014-2015

L’objet de la recherche est la situation de la terre en Afrique subsaharienne et le changement de régime symbolique qu’elle connaît depuis l’introduction par l’administration coloniale de la notion de propriété foncière et, dans la foulée, l’extension du domaine de la marchandise à la sphère des rapports complexes que l’homme noue avec le sol où il demeure.

Hors des sentiers déjà explorés par les nombreux travaux sur “la question foncière en Afrique”, l’enjeu de cette étude est d’analyser en toutes ses conséquences la mutation conceptuelle que représente pour les populations paysannes du Burkina Faso la fiction juridique d’une terre transformée en bien que l’on peut s’approprier, louer, vendre. Ces nouvelles donnes juridiques et économiques modifient à la racine le mode sur lequel les communautés villageoises en cette partie de l’Afrique fabriquent du territoire, c’est à dire instituent les lieux où séjourner en humain est pensable, sur fond d’un interdit qui exclut rigoureusement la terre de la sphère de l’Avoir.

Cet interdit fondamental, au sens de fondateur du lien social, frappe l’acte de vendre la terre comme celui de la délimiter et de la borner. Il ne faut pas s’y tromper : il ne s’agit, avec cet interdit, ni de l’une de ces règles qualifiées de “religieuses” en ce qu’elle renverrait à la conception mystique d’une Terre-mère (conception qui, au demeurant, ne trouve que peu de consistance dans les sociétés ouest africaines), ni d’une règle “économique” visant à préserver le patrimoine foncier en vue de le transmettre aux générations futures (comme ont pu parfois le soutenir les tenants d’une sociologie du développement). La formulation exacte de l’interdit lève un coin du voile sur la logique qui la sous-tend : « Vendre la terre, c’est vendre les personnes. Celui qui prend l’argent de la terre, mange les gens ». Il s’agit d’entendre en cet aphorisme l’exacte portée d’un acte qui est pensé comme autophage, en ce qu’il touche à la structure fondamentale de la société, à ce ‘Texte’, pour reprendre ici un concept de Pierre Legendre, ce tissage de liens de parole sur lequel s’élève l’édifice social.

 

Projet de recherche 2009-2010

Le rapport des hommes au sol, dans nombre de sociétés subsahariennes, reposait (et repose encore, dans bien des campagnes) sur un interdit majeur portant sur l’acte de vendre la terre. Céder contre de l’argent ne fut-ce qu’une toute petite portion du sol sur lequel vivent les groupes sociaux, c’était, et c’est toujours pour certains d’entre eux, prendre le plus grand des risques, celui d’une mort provoquée par l’Instance terre, construite dans ces sociétés comme une figure de la Souveraineté. L’introduction (avec la colonisation) de la notion de propriété foncière privée (régime qui resta très longtemps circonscrit aux villes), les tentatives de réforme agraire et foncière qu’ont connu un certain nombre de ces pays dans les années 80-90, faisant parfois de l’Etat le seul propriétaire de la terre, et enfin les plans d’ajustements structurels imposés par le FMI à la plupart des ces pays dits « moins avancés » à partir des années 91-92 (exigeant, notamment, le désengagement de l’Etat dans les filières agricoles, foncières, et le logement social), ont provoqué un profond séisme dont on n’a pris conscience que depuis peu à quel point il est (et sera) porteur de conflits violents (Côte d’Ivoire en 2002, Mauritanie-Sénégal en 1989, la multiplication des conflits agriculteurs/pasteurs au Niger, au Mali, au Burkina Faso). Hors les sentiers déjà explorés par les études classiques (nombreuses) sur « la question foncière en Afrique »1, notre projet est de prendre le temps d’étudier l’écart qui existe entre deux fictions : celle, juridique, d’un Etat souverain, propriétaire du sol et du sous-sol dans les limites du territoire national et celle, rituelle, d’une terre construite comme figure de l’Autorité suprême, indivisible et inaliénable (la terre n’appartient pas aux hommes, ce sont les hommes qui, vivants comme morts, appartiennent à Terre) dont procède la différenciation et l’identité des groupes sociaux.

biographie

Après un cursus en anthropologie à l’Université Libre de Bruxelles, sous la direction bienveillante de Luc de Heusch, africaniste cinéaste du mouvement CoBrA, Danouta LIBERSKI-BAGNOUD s’est engagée sur la voie de l’ethnologie à la suite d’une rencontre avec les écrits, puis l’enseignement, de Michel Cartry, Directeur d’Études à l’École Pratique des Hautes Études (EPHE, Paris), section des sciences religieuses.

Dès 1982, elle a participé aux travaux du centre de recherche “Systèmes de pensée en Afrique noire”, jusqu’à sa dissolution en 2005. Docteur de l’EPHE, et titulaire d’une Habilitation à diriger des recherches (Université Paris X Nanterre), elle est actuellement Directrice de Recherche au CNRS, rattachée à l’Institut des Mondes africains. Elle mène des recherches comparatives dans l’aire voltaïque, à partir d’une expérience de terrain régulièrement réitérée entre 1981 et 2012 dans la région kasena au Burkina Faso et au Ghana. Privilégiant l’analyse des catégories de pensée, telles qu’elles sont mises en œuvre dans et par l’activité cérémonielle d’une société, ses travaux antérieurs ont porté sur les montages institutionnels qui façonnent, étroitement articulés l’un à l’autre, territoire et parenté.

 

événements

11/12/2012 - 18:00 - 19:00

institut

01/04/2008