Qui est Ms. Meeke ?

Qui est Ms. Meeke ?

auteur

Simon Macdonald

date de sortie

01/12/2016

discipline

Littérature

présentation

Pendant la Révolution française, un grand nombre de ceux que le changement de régime a desservi se retrouvèrent privés, par les nouvelles autorités, de leurs biens, notamment de leurs documents personnels. Les historiens s’intéressent tout particulièrement aux biens réquisitionnés qui dévoilent les vies de ceux qui, dans d’autres conditions, seraient probablement restées dans l’ombre. C’est en épluchant ces archives, il y a quelques années, que j’ai découvert ce qui avait été confisqué à un anglais vivant au temps du Paris révolutionnaire. Le journal que cet homme tenait, au début des années 1780, a suscité ma curiosité. Il y décrivait ses voyages en Suisse et en France, sa vie sociale à Paris, sur fond de guerre d’indépendance des États-Unis, le tout agrémenté d’une foule de détails personnels sur la relation qu’il entretenait avec sa femme issue d’une grande et complexe famille.

 

Qui étaient ces personnes ? Après m’être penché plus attentivement sur la question, j’ai compris que l’auteur du journal s’appelait Samuel Meeke et que sa femme, Elizabeth Meeke, était la demi-sœur de la célèbre romancière Frances Burney. J’ai également découvert, que leur scandaleux mariage, en 1777, était le résultat d’une fugue amoureuse, ou plutôt d’un enlèvement. En effet, l’homme d’âge mûr avait éloigné la jeune Elizabeth, âgée alors de quinze ans, de Paris, où sa famille l’avait envoyée pour étudier. Scandalisés, ses contemporains voyaient en Meeke un aventurier, un charlatan qui avait perdu autant sa gloire que sa fortune.

 

Plus tard, en effectuant des recherches au Burney Centre à Montréal, j’ai pu retrouver la trace d’une certaine Mme Meeke, traductrice de nombreux livres du français à l’anglais au début du xixe siècle. De plus, entre 1795 et 1823, cette même Mme Meeke a écrit vingt-six romans, ce qui fait d’elle la romancière le plus prolifique de l’époque, dépassant même Sir Walter Scott. Mme Meeke n’a signé aucune de ses publications de son prénom. Cette Mme Meeke pourrait-elle être en vérité Elizabeth Meeke, la femme de l’auteur du journal que j’ai découvert dans les archives de Paris ?

 

D’autres recherches m’ont permis de découvrir qu’il existait, par un heureux hasard, un document contenant le nom complet de l’auteur : une liste de best-sellers dressée en 1798 par Minerva Press, la maison d’édition ayant publié les romans de Mme Meeke. Dans ce document, dont il ne reste qu’une seule copie, détenue par la St Bride Library de Londres, le nom de l’auteur est spécifié comme étant Elizabeth Meeke. J’ai ensuite découvert des éléments confirmant que cette dénommée Elizabeth Meeke était bel et bien l’Elizabeth Meeke liée à la famille Burney. Les deux premiers romans d’Elizabeth Meeke avaient notamment reçu des critiques positives et anonymes dans le mensuel Monthly Review, et ces critiques, comme le révèle l’éditorial d’origine, furent écrites par Charles Burney, le demi-frère d’Elizabeth Meeke.

 

À première vue, il est plutôt étonnant de découvrir que la romancière la plus connue de l’époque, Frances Burney, était la belle-sœur de la première auteure de romans bon marché (de l’époque). C’est comme si, deux siècles plus tard, on établissait un lien de parenté entre Virginia Woolf et Agatha Christie. Mais qu’est-ce qui avait conduit Elizabeth Meeke à prendre la plume ?

 

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