Le projet de recherche envisagé porte sur les courants d’échanges culturels entre l’Europe centrale et la France pendant la deuxième moitié du dix-neuvième siècle et les deux premières décennies du vingtième siècle, ce qui correspond à la période finale du Biedermeier après 1848 et à l’« explosion culturelle » à Vienne jusqu’à son déclin entre 1910 et 1920, ainsi qu’au Second Empire avec ses traits spécifiques et aux développements complexes de la IIIe République (la Belle Époque). Le point de départ de cette étude est le fait que, dans toute circulation symbolique, des pertes et transformations plus ou moins importantes se produisent, qui ne sont pas dues au hasard des qualités personnelles des agents et aux difficultés techniques, mais à des systèmes de défense ayant pour but de maintenir les milieux culturels hors d’atteintes trop violentes. On connaît bien certaines de ces techniques (adaptations, remaniements en vue de la réception locale, simplifications, choix, interprétations d’accompagnement). Je suis arrivé à la conclusion qu’elles relèvent, dans la majorité des cas, de stratégies de défense destinées (spontanément ou non) à la conservation du statu quo dans les milieux exposés aux importations culturelles contraintes. Ces phénomènes supposent évidemment un jeu d’intérêts et d’enjeux sociaux concernant les luttes pour contrôle et les hiérarchies des hommes et des valeurs. Détecter et analyser ces processus est l’enjeu de mon travail.