Gustave de Beaumont est disparu très tôt de la scène intellectuelle. A présent, il n’est pas exagéré de le définir comme un auteur inconnu, voir méconnu, car les rares regards qui se posent sur lui ne lui rendent pas justice, en le lisant de façon non pertinente. Nous manquons d’études développées et approfondies à son sujet. De l’ensemble de l’œuvre de Beaumont se dégage une clé de lecture dominante des sociétés : elle est constituée du rapport supérieur-inférieur, dominant-dominé, maître-serviteur. Beaumont analyse trois cas où ces relations sont à l’œuvre : le cas des Etats-Unis et des relations noirs-blancs, le cas de l’Irlande et des relations irlandais-anglais, le cas de l’Algérie et des relations arabes-français. Il interprète ces trois cas, de façon non homogène, à travers le couple lois-mœurs. Nous centrerons notre étude sur deux thèmes majeurs de l’œuvre de Beaumont, le caractère national et la voie de la démocratie : ils sont d’ailleurs liés l’un à l’autre, car les nations ne peuvent devenir des démocraties qu’à condition de n’être pas déterminées par leur individualité propre. Les deux thèmes sont liés à la préoccupation dominante de Beaumont, que manifestent son œuvre comme ses activités : l’éloge de la politique.