Il existe actuellement dans la recherche anglophone en études urbaines un fort intérêt pour les théorisations de l’urbain d’Henri Lefebvre, qui s’oppose souvent involontairement aux efforts parallèles de postcolonialisation du discours et leur vaste programme de théorisation à partir du Sud. Mon projet de recherche vise à élargir le champ de la réflexion critique menée dans ma monographie, The unknown city: Excavating Chennai from Madras, afin de tenter de réduire les tensions entre ces deux approches. Dans cette entreprise inconfortable constituant à resituer Lefebvre sous les tropiques, j’emploierai la tactique de la "théorisation ethnographique" pour tirer de ma monographie deux concepts thématiques principaux qui ont des implications pour la théorisation du fait urbain : 1. La question de l'échelle, et 2. La contradiction de l'État. Je préconise d'aborder la "question de l'échelle" sous l'angle d’une ré-imagination spatiale de l'arrière-pays (hinterland), remettant en cause notre compréhension traditionnelle de l'urbanisation de la périphérie. Mon ethnographie des transformations urbaines de Chennai révèle ensuite la nécessité d’une meilleure théorisation de l’Etat face aux logiques socio-capitalistes paradoxales d’un développement mené par l’Etat. Par ailleurs, en abordant la monographie sur Chennai comme la « biographie d’un conjoncture » (Davis 2006), je tenterai d’explorer les défis heuristiques de l’« écriture de la ville ». Plus qu'un simple exercice de méthodologie, il s’agit d’une tentative de réduire l’écart naissant entre les formes de théorisations particularistes et planétaires, afin d’en tirer des analyses urbaines globales plus pertinentes. Reconnaissant que la façon dont on écrit une ville dépend d’où on l’écrit (notamment de la langue utilisée), je compte travailler avec des chercheurs français en études urbaines, non seulement pour déjouer la domination anglophone dans ce débat, mais aussi pour promouvoir un « langage transurbain de l’urbanisation » (Simone et Bourdreau 2009).