Dans les pays dits postcoloniaux, on a coutume en philosophie politique d’insister sur la question de la citoyenneté et surtout la manière dont s’élabore la notion d’espace public démocratique. Ce vaste programme demande souvent de revoir la question de la justice, celle de la paix après les guerres et génocides et surtout l’accès aux nouveaux instruments juridiques du droit international. Mais au-delà, il est question de sonder comment se font et défont les subjectivités. Le citoyen qui est sujet s’exprime souvent tout en étant placé dans une situation de fragilité. Cette fragilité se vit par la maladie et l’événement du SIDA en Afrique permet à la philosophie politique africaine - trop occupée jusqu’alors par l’Etat, les élections, l’histoire coloniale et l’ethnophilosophie - de remettre au centre de ses préoccupations la question des soins. Comment se tisse les relations à la notion d’identité, aux diverses instances qui tissent l’altérité et aux montages institutionnels durant la maladie et des soins en Afrique ? Pour répondre à cette question, il faudrait - et c’est notre hypothèse - prendre en compte la notion « d’éthique narrative ». Les soins sont un croisement des récits, comment s’expérimentent ces croisements dans une Afrique qui est devenue cosmopolite ?