Les instituts

Les instituts

Caractéristiques communes

À l’instar de la plupart des IEA en Europe (Berlin, Wassenaar, Uppsala…), les IEA français accordent une place privilégiée aux humanités et aux sciences sociales dans leur politique d’invitation, en ménageant de larges possibilités d’interaction avec les autres sciences (de la matière, de l’univers et du vivant) dans la mesure où elles ne nécessitent pas de laboratoires de recherche[1]. L’activité des IEA, fondée sur une priorité accordée à la mobilité individuelle, apparaît ainsi en cohérence avec certains grands programmes européens de mobilité qui se structurent autour de parcours de chercheurs et non à partir d’une programmation scientifique, apanage des opérations thématiques. Pour mener à bien leurs politiques scientifiques de recherche, d’innovation et de renouvellement scientifique, les quatre IEA français partagent trois caractéristiques communes qui inscrivent l’indépendance des instituts comme une valeur fondatrice :

 

1. Chaque institut dispose de la personnalité juridique, ce qui lui confère une complète autonomie dans sa gouvernance

 

Constitués sous la forme d’une association (Lyon, Marseille, Paris) ou d’une fondation (l’IEA de Nantes jouit depuis avril 2008 du statut de fondation reconnue d’utilité publique), les instituts développent en toute liberté des relations institutionnelles et contractuelles claires avec leurs partenaires, qu’il s’agisse de collectivités territoriales, d’établissements d’enseignement supérieur et de recherche ou d’entreprises privés.

 

2. Les instituts disposent d’une totale maîtrise de la définition et du pilotage de leur projet scientifique

 

La direction de chaque institut est assurée par des personnalités scientifiques de renom international. Il s’agit soit de la personnalité scientifique qui est à l’origine de la formation de l’institut (le juriste Alain Supiot à l’IEA de Nantes, l’historien Robert Ilbert à l’Institut méditerranéen de recherches avancées de Marseille), soit de personnalités externes recrutées au terme d’un appel à candidatures international (le linguiste Alain Peyraube au Collegium de Lyon, l’archéologue Alain Schnapp et le sociologue Patrice Duran nommés consensuellement par les membres fondateurs de l’IEA-Paris, en parallèle à la mise en place d’un search committee international pour recruter le directeur de l’IEA à partir de 2012).

 

Les directeurs associent les qualités suivantes : stature internationale, ouverture interdisciplinaire, expérience dans le montage institutionnel et disponibilité, et bénéficient d’une grande latitude dans la conduite des affaires de l’IEA pendant toute la durée de leur mandat. La qualité des procédures de sélection des résidents mises en place par les instituts, marquée par la transparence, l’évaluation par les pairs et des conseils scientifiques internationaux et pluridisciplinaires, est ici fondamentale. Elle est considérée comme un acquis important des IEA français depuis leur création.

 

Les conseils scientifiques des quatre instituts mobilisent une expertise internationale considérable, rassemblant près de 60 personnalités de haut niveau qui représentent 32 disciplines (dont 11 en sciences de la matière, de l’univers et du vivant) et 23 nationalités (dont 11 extra-européennes). Les présidents des quatre conseils scientifiques (le sociologue français Yves Grafmeyer à Lyon, l’historien italien Giovanni Levi à Marseille, le japonologue français Jean-Nöel Robert à Nantes et l’historien allemand Wolf Lepenies à Paris) apportent, par leur notoriété internationale, une légitimité additionnelle aux processus de sélection mis en œuvre par les quatre instituts. Les critères de sélection sont fondés sur l’excellence scientifique et l’innovation intellectuelle portée par les chercheurs. Grâce à leurs procédures de haut niveau caractérisées par leur sélectivité, les quatre IEA français deviennent rapidement des acteurs de la mobilité internationale des chercheurs dans un contexte d’intensification de la concurrence sur le marché de l’excellence académique au niveau mondial.

 

3. Les IEA bénéficient de moyens immobiliers de grande qualité afin d’offrir un cadre de travail d’exception (en termes d’espaces, d’accompagnement scientifique, de prestations documentaires ou de services administratifs et logistiques) et de réunir les meilleures conditions de sociabilité entre chercheurs au sein de la communauté scientifique temporaire, pluridisciplinaire et internationale, et leur mise en relation avec les chercheurs français les plus éminents ou les plus prometteurs.

 

La liberté scientifique et intellectuelle dont disposent les résidents pendant leur séjour au sein de l’IEA autorise celui-ci à assumer une véritable fonction d’incubateur et de réunir les conditions nécessaires pour faciliter l’émergence de travaux, de perspectives de recherche et de collaborations les plus novatrices et éventuellement inattendues. Cette dimension cruciale de l’activité des instituts d’études avancées suppose notamment que des bâtiments offrant des espaces de travail individuels et collectifs ainsi que des lieux d’hébergement proches et adaptés à des séjours de longue durée, soient construits spécifi­quement ou dédiés au fonctionnement des instituts. Les quatre instituts français se sont résolument engagés dans cette voie. À titre d’exemple, à Nantes, un bâtiment de 6.000 m2 à l’architecture contemporaine a été construit pour abriter les locaux de l’IEA et ceux de la Maison des sciences de l’Homme Ange-Guépin. Il a été inauguré en octobre 2008 et est situé à proximité immédiate des logements eux aussi construits pour l’occasion. À Marseille, l’IMéRA dispose d’une partie importante de l’ancien Observatoire astronomique de Marseille-Provence, situé dans le Parc Longchamp, dont la rénovation financée par un CPER aboutira en 2011. À Paris, l’IEA st actuellement hébergé par la FMSH dans ses nouveaux locaux parisiens et bénéficie de logements à la Maison Suger. Il s'installera en 2013 dans le prestigieux Hôtel de Lauzun-Pimodan sis sur l’île Saint-Louis. À Lyon, une résidence haute qualité environ­nementale est en cours de construction dans le cadre d’un CPER (livraison en 2013) pour l’hébergement des résidents qui disposeront en outre d’espaces de travail dans un bâtiment dans le quartier de l’îlot Saint-Joseph.

 

 

 

[1] Aucun IEA n’est circonscrit aux seules disciplines SHS, chaque institut destine de 10 à 30% de ses résidences à des chercheurs actifs dans les autres sciences exactes, notamment sciences cognitives et du vivant, à l’interface des sciences humaines et sociales.

Orientations thématiques

Les IEA français se singularisent par leurs projets scientifiques différenciés, les modalités de leurs politiques d’invitation et de mise en relation avec le tissu scientifique et universitaire.

 

Chaque institut développe une politique spécifique d’invitation de résidents qui a une dimension scientifique nationale et internationale, et non seulement locale ou régionale. Grâce à la spécificité de leurs projets scientifiques, les IEA deviennent des acteurs à part entière du paysage scientifique français, en même temps qu’ils signalent leur spécificité sur le marché international de la mobilité des meilleurs chercheurs internationaux. Les IEA français apparaissent ainsi plus complémentaires que concurrents et représentent de manière agrégée un large éventail de possibilités de résidences scientifiques de nature à répondre aux exigences des meilleurs chercheurs internationaux.

 

L’identité propre de l’IEA de Nantes repose sur deux orientations fortes de politique scientifique. La première est de contribuer à ouvrir l’étude et la connaissance de l’humain à d’autres points de vue que celui de l’Occident. L’Institut promeut un nouveau style de relations intellectuelles entre pays du « Nord » et du « Sud ». Il construit une communauté scientifique qui est chaque année composée de savants aux bagages intellectuel et culturel très différents, mais dont les projets et les interrogations ont suffisamment de points de contacts. Le bien fondé de cette méthode a été pleinement vérifié par l’expérience des deux premières promotions de résidents. Une seconde particularité consiste à privilégier les recherches rela­tives à l’armature dogmatique des sociétés, c’est-à-dire à tout ce qu’il y a d’indémontrable dans le sens que chaque société peut prêter à la vie humaine. L’Institut s’est donné pour mission d’aider des savants de tous les continents à considérer ces systèmes dogmatiques d’un autre œil : non pas comme des restes d’irrationalité dans un monde destiné à devenir transparent et gérable, mais comme des supports indis­pensables à l’institution de la raison dans un monde destiné à demeurer divers et imprévisible. Cette dimension dogmatique de la vie humaine se trouve notamment à l’œuvre dans les langues, le droit, la religion ou l’esthétique, qui ont en commun de signifier un sens, un sens posé et non pas démontré. Elle concerne aussi la philosophie et la sociologie des sciences, ainsi que la médecine, en tant que celle-ci demeure une science de l’homme. Cette ouverture marquée sur les questions médicales explique la colla­boration étroite avec les équipes de recherche médicale de Nantes, autour des questions d’identité et d’intégrité du corps humain.

 

La vocation de l’IMéRA est d’offrir un environnement « d’inter-collégialité » qui permette aux chercheurs d’interroger la solidité et l’intérêt de leurs démarches, non seulement au regard des exigences (légitimes et fécondes) de leurs propres disciplines, mais en exposant leurs travaux, leurs méthodes et questions, au champ plus ouvert des savoirs qui ont des liens avec leurs disciplines. Les recherches accueillies à l’IMéRA privilégient les interactions qui peuvent se développer de manière réflexive sur les relations entre disciplines, ou être motivées par des objets spécifiques. Le mot d’ordre qui résume les orientations de l’Institut est donc celui de la condition humaine des sciences, qui se définit : (i) à partir de l’activité humaine de recherche, en tant que la relation entre créativité humaine et capacité de mise à l’épreuve par la démonstration, par l’expérimentation ; (ii) à partir de l’insertion de la science (de ses théories, de ses modèles, de ses technologies) dans la condition humaine sociale, en tant que relation entre la neutralisation partielle des enjeux sociaux, nécessaire à la prise de distance de la recherche, et l’incorporation de ses résultats dans les enjeux des histoires sociales ; (iii) à partir des relations entre arts et sciences, parce que si « la science renonce à habiter les choses », c’est un des traits des sensibilités artistes contemporaines que de rendre sensibles les conséquences « habitantes » des dispositifs techno-scientifiques qui forment le cœur et le futur de notre modernité ; (iv) à partir des relations entre sciences, arts et SHS, par l’analyse de la dynamique de leurs renouvellements à travers l’innovation scientifique, la mise à l’épreuve par l’expérience et les réalisations techniques, et la réception par la société.

 

Les thèmes de recherches développés par la plupart des résidents accueillis depuis 2008 au Collegium de Lyon (langues et langage, perception, conscience, mémoire, raison, représentations de la connaissance) illustrent une dominante qu’on peut  caractériser comme étant le domaine des sciences de la cognition et de la complexité, domaine où les frontières disciplinaires (linguistique, philosophie, psychologie, anthropologie, neuro-sciences cognitives, intelligence artificielle) s’estompent. Ce constat s’explique par l’existence, dans le dispositif de recherche de la région Rhône-Alpes, de centres et équipes de recherche performants dans ce secteur : le laboratoire « Dynamique du langage » à l’université de Lyon-2, l’Institut des systèmes complexes de l’ENS de Lyon, le laboratoire « Langage, Cerveau, Cognition » de l’Institut des sciences cognitives de Lyon-1. Ce domaine sera renforcé, car il est sans doute un des seuls à même de participer à la révolution épistémologique en cours des NBIC, qui pourrait résulter de la synergie entre les quatre grandes avancées scientifiques du 21esiècle : N pour nano-sciences et nano-technologies, B pour biologie et bio-technologies, I pour information (informatique et sciences et technologies de l’information et de la communication), C pour cognition. Une autre dominante du Collegium de Lyon qui se consolidera dans les années à venir, est l’accueil de jeunes chercheurs d’Asie orientale (Chine pour l’essentiel, mais aussi Japon et Corée), qui trouvent et trouveront à Lyon, au sein du laboratoire « Dynamique du langage » et de l’Institut d’Asie orientale (ENS de Lyon), les expertises indispensables pour le développement de leurs recherches. C’est à ce titre que l’équipe dirigée par Hilary Chappell dans le cadre d’un projet de l’ERC (Conseil européen de la recherche) intitulé SINOTYPE (The Hybrid Syntactic Typology of Sinitic Languages) a souhaité entretenir des relations privilégiées avec le Collegium de Lyon. Outre Mme Chappell, qui a choisi d’associer son projet à celui du Collegium de Lyon, l’équipe est composée de cinq post-doctorants et de quatre doctorants chinois.

 

Compte tenu de la variété des institutions de recherche partenaires de l’IEA-Paris et de l’ampleur du champ couvert par ces dernières, l’Institut ne saurait envisager d’affirmer une ou plusieurs lignes de recherche qui serai(en)t susceptible(s) d’être pertinente(s) pour l’ensemble. Il ambitionne de participer à la production, sinon de paradigmes transdisciplinaires, tout au moins de cadres généraux de référence qui permettent le croisement des disciplines. L’IEA-Paris s’oriente ainsi vers une réflexion sur les types d’explication appropriés en sciences humaines et sociales en conjuguant trois dimensions : un rapport à l’histoire, un intérêt pour l’activité modélisatrice et l’intégration des humanités. Dans cette perspective, la réflexion sur l’action et sur une théorie de l’action peut être une voie féconde. Toutefois, compte tenu de l’exceptionnelle richesse du contexte scientifique parisien, l’IEA-Paris doit demeurer sans limites de discipline, de thème ou de contextes culturels afin de devenir un « breeding ground for new ideas » suivant l’expression du philosophe canadien Charles Taylor, un lieu unique d’intermédiation entre les savoirs et les chercheurs.

iea

01/12/2006
01/04/2008
01/02/2011
01/05/2007

staff

Directeur du Collegium de Lyon
Directeur de l'IEA de Nantes
Directeur éxécutif
Chargée de mission, activités scientifiques et publications
Coordination scientifique
Assistante de direction - communication
Administratrice du Collegium de Lyon
Chargée de mission administration
Chargée de mission - candidatures et Yearbook
Adjointe au directeur
Président de l'IMéRA
Secrétaire général de l'IEA de Nantes

candidater

International Fellowship Programme
IEA de Nantes
IMéRA de Marseille
Réseau français des instituts d'études avancées
IEA
Collegium de Lyon
IEA de Nantes
IEA-Paris
IMéRA de Marseille
Réseau français des instituts d'études avancées